
Elise a ressenti les premiers symptômes de la schizophrénie à près de 36 ans, suite au décès de sa maman. Le diagnostic a été posé 6 ans plus tard, après plusieurs hospitalisations. Bien entourée par un mari, une famille et des amis aimants et soutenants, elle souhaite aujourd’hui témoigner que cette maladie n'est pas incompatible avec son bonheur et celui des siens. Elle aimerait, à l’avenir, avoir la force d'aider d'autres patients et leurs proches, à vivre avec ce "petit truc en plus". .
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Dans quelles circonstances avez-vous éprouvé les premiers symptômes de la schizophrénie et sous quelles formes ?
Après avoir passé presqu'une semaine sans avoir réussi à trouver le sommeil, bien qu'épuisée, ni à m'alimenter et alors que je commençais à tenir des propos incohérents, mon conjoint prit la décision de me présenter aux urgences psychiatriques de l'hôpital le plus proche de la maison et cela m'a très probablement sauvé la Vie.
Ce fut mon premier épisode de décompensation : comme une bouteille de champagne que l'on aurait secouée dans tous les sens avant d'en retirer le bouchon, je perdais pied avec la réalité. Des quelques jours passés avant cette hospitalisation, je n'ai que quelques flashs d'un grand effondrement moral et physique. Le travail psychologique qui débuta alors révéla par la suite que c'était très probablement la peur de mourir à mon tour et d'abandonner mes enfants encore bébés qui m'aurait conduite dans une urgence de vivre, de régler, de gérer, sans repos, sans relâche, jusqu'à ne plus pouvoir faire face.
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Au bout de combien de temps- ou d'épisodes de crise - avez-vous reçu un diagnostic ?
- une de 3 mois, un an plus tard, sans décompensation mais avec un épuisement profond et des angoisses insurmontables,
- une de quelques jours, 4 ans plus tard, avec décompensation plutôt euphorique persuadée d'être en pleine forme, avec quelques entorses au traitement,
- une de 2 semaines, 5 ans plus tard, sans décompensation mais avec un épuisement profond suite à une reconversion professionnelle très prenante intellectuellement.
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Comment avez-vous reçu ce diagnostic ? Est-ce que cela vous a aidé dans votre parcours ?
- un choc vis-à-vis des a priori que j'avais sur la schizophrénie,
- une délivrance : celle de me dire que je n'étais pas une feignante, que je ne suis tout simplement pas en capacité, pendant certaines périodes, de travailler.
Cela m'a déculpabilisée et m'a rendue plus légère. Je pris alors conscience qu'il s'agissait d'une maladie chronique, que l'on pouvait vivre sans trop de souffrance moyennant quelques précautions, aménagements, avec un traitement adéquat et que malgré tout le courage et la volonté, on ne pouvait en guérir et se dire : c'est derrière moi, au contraire, cela faisait partie de moi désormais.
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Quels ont été les retentissements de vos troubles sur votre vie familiale et sociale ?
C'est surtout l'éloignement de mon foyer familial, durant mes séjours hospitaliers et en particulier de mes enfants, qui a été, bien que salutaire, très éprouvant et culpabilisant pour moi. Malgré mes "bizarreries" j'ai le grand bonheur d'avoir épousé un mari en or qui n'a jamais flanché dans ces périodes d'accompagnement et par la-même une belle-famille également aux petits soins.
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Et sur votre parcours professionnel ?
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Comment vous sentez-vous aujourd'hui ? Quels sont vos souhaits pour l'avenir ?