
Karine Buisson, ancienne directrice de création dans l’industrie automobile et aujourd’hui paire aidante famille professionnelle au Groupe Hospitalier Universitaire, psychiatrie et neurosciences de Paris a publié, le 4 juin 2026, aux Éditions Eyrolles, l’ouvrage « Maman je ne suis pas malade », une mère face à la maladie psychique de son enfant .
Bénédicte Chenu, également Pair Aidante Famille au GHU Paris psychiatrie et neurosciences nous en propose sa lecture.
Le texte alterne souvenirs personnels, analyses lucides et questionnement universel sur la fragilité. Elle décrit avec intensité les bouleversements émotionnels qu’elle traverse avec la maladie de son fils. Le récit de Karine Buisson résonne avec le vécu des aidants en psychiatrie.
Entrouvrir les portes de la psychiatrie ...
Etre aidant en psychiatrie c’est accompagner une souffrance souvent invisible, fluctuante et stigmatisée, tout en privilégiant le dialogue, entre confiance équilibre, entre soutien et autonomie. Ce qui rend ce livre particulièrement précieux, c’est la façon dont Karine Buisson accompagne chaque épreuve d’une réflexion profonde sur la vie, la différence et la fragilité humaine. Elle avance avec son fils, avec une grande curiosité intellectuelle cherchant à comprendre ce qui leur arrive, sans amertume envers la psychiatrie, sans perdre son énergie dans des combats stériles.Au contraire, elle continue de s’émerveiller, tend très tôt la main aux autres parents, s’ouvre aux autres expériences, questionne le monde et ne cesse de réfléchir à des solutions.
Entrouvrir les portes de la psychiatrie sous un torrent d’acronymes est un sport de haut combat pour les proches. Au fil des chapitres aux titres justes et évocateurs, Karine Buisson nous conduit vers une compréhension essentielle : aider n’est pas sauver, mais accueillir ce qu’il est, je pourrais rajouter ce que j’ai appris des groupes d’entraides Al-Anon :« vivre et laisser vivre ». Des mantras qui jalonnent notre quotidien d’aidant.
Karinne Buisson médite, respire et se forme à tous ce qui peut l’aider et aider son fils. Elle sait que l’amour ne suffit pas pour guérir, une sagesse de plus !
L'amour ne suffit pas ... pour effacer la maladie
Qui, parmi nous, les aidants n’a jamais cru pouvoir protéger son enfant de ces souffrances invisibles et si souvent incomprises ? Qui n’a pas espéré trouver les mots, les soins ou les solutions capables d’effacer la maladie ?
Qui n’a pas cru pouvoir y parvenir en metttant de côté sa propre vie ? Karine raconte à ce sujet l’histoire d’une soirée de dilemne qui l’avait tourmentée et, je me souviens d’avoir été aux première loges d’un concert des Rolling Stone avec ma sœur. Quand mon téléphone sonne, mon cœur se serre et la musique s’arrête pour entendre la voix lointaine de mon fils. Que faire, ai-je le droit de profiter alors que mon fils souffre ? le conflit intérieur s’installe, la culpabilité prend son aise et je ne suis plus vraiment là. Les Stones ou mon fils ? je suis restée pour échapper, j’ai profité.
Karinne, traverse à côté de son fils, les changements progressifs, la souffrance intense, les voix qui enferment, des moments hors de contrôle qui entrainent des hospitalisations sous contraintes, des situations vécues pour une mère comme un choix cornélien, un conflit de loyauté envers son enfant.
C'est la maladie qui enferme ...
On réduit trop la psychiatrie à l’enfermement physique et on ne dit pas assez que c’est la maladie qui enferme, comme l’écrit Karine Buisson « imaginez un instant que votre cerveau vous fasse percevoir un monde hostile rempli de menaces invisibles aux autres » « Et que ces pensées sont incontrôlables ». « Qui pourrait rester calme et serein dans ces conditions ? »
Lorsque l’hospitalisation est nécessaire c’est l’occasion de mettre en place un traitement adapté qui aidera à retrouver sa liberté psychique. J’ai la chance d’exercer le même métier que Karinne Buisson au GHU et quand les proches me parlent de la contrainte de la liberté, je leur demande comment était leur enfant à la maison ? ils me répondent souvent qu’il était enfermé dans chambre sans dormir, à faire les 100 pas, le regard perdu tellement loin et envahi par des sensations indicibles.
Karine Buisson rappelle que les maladies mentales demeurent encore largement méconnues. On ne sait pas encore les guérir, les soulager oui. Pour les proches comme les personnes concernées il faut apprendre à vivre avec elles, à les apprivoiser, à avancer malgré leur présence. Nos espoirs se tournent vers la recherche mais aussi vers les ressources capables d’accompagner quotidiennement, dignement, nos enfants.
La psychoéducation, une avancée pour les proches
L’essor de la psychoéducation destinée aux proches est une avancée formidable. Ces approches apportent des repères, du soutien, des outils de communication, et permettent aux proches de moins s’isoler et de moins culpabiliser. Pour les frères et sœurs souvent en colère contre celui qui détruit l’équilibre familial et qui se sentent oubliés, cela aide à mieux comprendre la maladie mentale.Ce livre rappelle aussi une vérité essentielle que rien n’est magique. Il n’existe ni solution immédiate ni parcours idéal. La psychoéducation des proches est essentielle mais ne fait pas de miracles , les proches ne sont pas dupes. Et c’est précisément cette réalité, décrite sans illusion mais sans désespoir, qui donne toute sa force au témoignage de Karine Buisson.
Un témoignage sur la maladie mentale et les aidants en psychiatrie
Au creux de notre être d’aidant, l’incertitude entre avec fracas. Avec le temps elle devient une compagne un peu envahissante et fini par nous faire moins mal. Malgré cela l’émerveillement de Karine ne l’a jamais quitté, son livre nous invite à garder notre âme d’enfant, d’éloigner le ressentiment et la colère, surtout que l’injustice de la maladie ne dessèche pas notre cœur.Pour finir il y a ce chapitre lumineux consacré à l’amour, qui rappelle aux aidants invisibles que nous sommes qu’au milieu des épreuves, il y a l’amour possible auprès d’un homme, l’amour de ses enfants, de ses proches et que tout ne disparait pas, c’est un message d’espoir vécu qu’elle nous partage avec générosité.
« Maman je ne suis pas malade » est un témoignage profondément humain, sensible et courageux, qui ouvre un espace de dialogue sur la maladie mentale et sur les aidants en psychiatrie.





